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Air Belgium volera au départ de Charleroi

Charleroi, le 31 janvier 2018. Alors qu’il y a quelques mois encore la nouvelle compagnie belge laissait entendre lancer ses activités au départ de Bruxelles National, Air Belgium annonce avoir conclu un partenariat de dix ans avec l’aéroport wallon. Les journalistes avaient répondu présent en grand nombre à la conférence de presse conjointe d’Air Belgium (AB)et de Brussels South Charleroi Airport (BSCA). C’est un vent d’optimisme que Niky Terzakis, CEO fondateur de la compagnie, Jean-Jacques Cloquet, l’administrateur délégué de BSCA et le toujours souriant ministre wallon des aéroports Jean-Luc Crucke ont voulu transmettre à l’assemblée réunie. Comment en effet ne pas l’être lorsqu’on annonce la création dans les deux ans de 360 emplois plein temps pour la compagnie et 240 pour les services de l’aéroport qui vont devoir s’adapter.

La compagnie Air Belgium opèrera avec 4 Airbus A340-300, ex Finnair.

Air Belgium
Si déjà dans les années 1980 -1990 une compagnie charter basée à Bruxelles National portait le nom d’Air Belgium, il ne s’agit pas de la résurrection de cette compagnie défunte mais d’un nouvel acteur ayant d’autres fondateurs et actionnaires. Bien qu’on n’en sache pas plus au terme de la conférence de presse, elle sera dotée d’un capital initial souscrit de 20 millions d’euros, réparti entre des actionnaires belges (dont Niky Terzakis, la SRIW et SFPI pour 49%) et aux mains d’investisseurs européens en majorité et asiatiques en minorité. Elle se veut une compagnie régulière long-courrier qui assurera des vols directs entre la Belgique et l’Asie (en se concentrant d’abord sur le marché chinois) dans un premier temps, l’offre vers l’Asie étant particulièrement faible au-départ de la Belgique. Ultérieurement si le succès est au rendez-vous les ambitions se tourneront vers les Amériques tant du Nord que du Sud. Niky Terzakis, bien connu de TNT, y travaille déjà depuis 2015 et la demande de licence d’exploitation a déjà été introduite fin2016.

Niky Terzakis, CEO et fondateur d’Air Belgium

Toujours dans le processus d’obtention de sa licence d’exploitation (AOC), qui devrait s’accélérer selon son CEO avec l’arrivée à Charleroi du premier Airbus A 340-300 dans le courant de février, Air Belgium a confirmé le choix de l’aéroport de Charleroi comme base d’exploitation pour assurer ses liaisons directes entre le cœur de l’Europe, la Chine et d’autres destinations asiatiques. Les premiers vols devraient avoir lieu fin mars avec une liaison directe sur Hong-Kong. D’ici juin la compagnie compte baser 4 appareils (ex-Finnair) à Charleroi et développer d’autres destinations asiatiques. AB, dont les effectifs sont actuellement déjà de 60 personnes, est en pleine phase de recrutement de personnel navigant et de divers profils plus spécialisés pour des fonctions au sol.

Air Belgium est en pleine phase de recrutement. Quelques- unes des premières hôtesses

Un partenariat de longue durée entre AB et BSCA
Le choix de Brussels South par AB représente un tournant majeur pour le développement de l’aéroport qui n’a jamais caché son ambition de s’ouvrir aux vols intercontinentaux. La décision d’AB de ne pas s’implanter à Bruxelles national est le fruit d’une mure réflexion et une vision long terme, d’où le partenariat de 10 ans conclu avec l’aéroport. Pour BA le choix d’une base d’attache ne se fait sur un coup de dés et le choix de Charleroi repose pas sur des avantages financiers plus avantageux que ceux qu’aurait pu offrir Brussels Airport.

Jean-Jacques Cloquet, administrateur-délégué de BSCA

Pour AB, l’aéroport Charleroi présente des atouts majeurs de mobilité en étant beaucoup plus accessible que son concurrent bruxellois engorgé dans les embouteillages de la capitale, même pour des villes plus éloignées tant de Flandres que du Nord de la France, du Luxembourg ou de du sud des Pays-Bas. BSCA présente des possibilités de marché significatives non seulement du fait de sa position centrale européenne mais aussi de ses connections et de son trafic d’affaires qui se chiffre déjà aujourd’hui à 31% dont 50% en provenance de la Flandre. La « captivation » de cette clientèle est fondamentale pour la nouvelle compagnie qui entend bien y arriver avec des offres premium et business qui se voudront innovantes mais non encore dévoilées. Pour cela l’actuel « Executive Aviation Terminal Sud» sera fondamentalement transformé avec parking dédié et facilités de douane et autres à l’enregistrement, embarquement etc. … adaptées aux exigences de cette clientèle particulièrement exigeante.

AB proposera par exemple un programme ‘fidélité’ plus convivial et compréhensible que ceux d’autres compagnies.

L’aménagement des A340-300 sera en trois classes : economy, business et premium.

Une adaptation nécessaire de l’aéroport
Comme le souligne Jean-Jacques Cloquet, accueillir Air Belgium sur le tarmac de Charleroi ouvre les portes d’un nouveau modèle en renforçant le positionnement de l’aéroport sur la scène internationale. Cela lui donnera aussi l’opportunité de se dissocier quelque peu de l’image « low cost ». Charleroi a une volonté de renforcer son offre de liaisons et de devenir un véritable hub relié à d’autres grandes capitales non seulement d’Europe mais aussi du monde entier. En plus de la transformation de l’ancien terminal sud, travaux qui dureront un an à partir de mai 2018, tout cela repose sur une adaptation de l’infrastructure et des services adaptés aux vols long-courriers telle les zones commerciales, handling de bagages, catering etc… Un investissement estimé de 6 à 7 millions d’euros qui sera fait sur fonds propres.

La piste actuelle pose un handicap pour l’usage de longs courriers tels ceux qu’opèrera AB. La SOWAER la société des aéroports wallons, a profité de l’arrivée de AB pour confirmer l’extension de la piste de 2550 m à 3200 m pour au plus tard 2021. D’ici-là AB se verra contrainte à limiter le poids de ses avions au décollage au détriment de sa capacité de fret. Ce sera un cap à franchir mais actons que cela a été pris en compte dans le business plan.

Brussels South Charleroi Airport verra sa piste allongée à 3200 m.

Deux « perturbateurs de marché
Dès les premiers compte -rendus de cette conférence de presse, les critiques des sceptiques mais aussi des défaitistes ont fait leur apparition sur les réseaux sociaux. Comme le dit Niky Terzakis, non avec arrogance mais avec une certaine fierté, AB entend agir comme un « perturbateur de marché » au même titre que l’a fait BSCA au cours des dernières avec le succès qu’on ne peut lui contester. Le lancement de AB et le développement de l’aéroport qui en découlera sont un défi majeur qui reposera sur le professionnalisme des équipes, le partenariat BA-BSCA et Région Wallonne et un climat social serein, déjà bien présent comme se plaira à le souligner un représentant de la FGTB. Il ne peut en être autrement vu les enjeux financiers pour toutes les parties et l’esprit d’entreprendre qui en prendrait un coup. D’ici quelques jours apparaitront dans le ciel de Charleroi les A340 décorés des couleurs belges et de la couronne. Que souhaiter de plus que bon vol et succès.

Robert Verhegghen